Entrevue : le joaillier Georg Wellendorff

Depuis plus de 120 ans, les bagues, les colliers et les amulettes de Wellendorff ornent les doigts et les cous des femmes.

D’un pas déterminé, Georg Wellendorff parcourt le trajet qui mène de l’atelier à la salle d’exposition. Là, le passé et le présent de son entreprise scintillent littéralement à l’intérieur des présentoirs. Parmi les bijoux qui y sont exposés, on trouve les fameuses collections de bagues Rings of the Year, présentées chaque année depuis 1997. Ou encore le Wellendorff Rope, un collier créé à partir de 160 m de fil d’or 18 carats, qui s’enroule avec une fine élégance autour du cou de celle qui le porte. À l’origine, son père avait conçu ce bijou pour sa femme. Georg Wellendorff, tout comme son frère Christoph, appartient à la quatrième génération de joailliers à la tête de cette entreprise familiale. En ce moment même, il porte toutefois son attention sur des créations d’un tout autre genre : des bretzels au beurre déposés sur la table de conférence à l’attention de ses invités. Aucun doute qu’il s’agit des meilleurs !

L’amulette Golden Treasure

Un ouvrier inspecte l’amulette Golden Treasure. Il porte des gants pour éviter de l’abîmer.

Comment parvient-on à assurer le succès d’une entreprise pendant plusieurs générations ?
Il y a un principe qui a survécu à toutes ces décennies et auquel mon arrière-grand-père croyait : « En utilisant les meilleurs matériaux, comme l’or et les diamants, en faisant appel aux meilleurs orfèvres et aux experts de l’industrie, en leur donnant les meilleurs outils pour travailler, on obtient inévitablement des bijoux de la meilleure qualité et du plus grand raffinement qui soit. Et on parvient, inévitablement, à séduire les plus importants connaisseurs de joaillerie du monde. »

Nous utilisons les meilleurs matériaux, comme l’or et les diamants, et nous faisons appel aux meilleurs orfèvres. »

Quand avez-vous entendu parler de ce principe pour la première fois ?
C’est ma grand-mère qui me l’a appris lorsque j’avais environ 10 ans. Cette devise fait le pont entre les générations, liant le passé, le présent et le futur.

Votre entreprise a toujours été basée à Pforzheim. Pourquoi ?
Pforzheim est la capitale de la bijouterie en Allemagne. C’est dans cette ville que sont produits 70 % des bijoux allemands. On y trouve une des meilleures écoles d’orfèvrerie du monde ; nous embauchons d’ailleurs ses diplômés chaque année. Historiquement, notre entreprise n’a tiré que des avantages de la situation géographique de Pforzheim.

Pour quelles raisons ?
La ville de Pforzheim est située à seulement 40 km de Baden-Baden. C’est là que la grande aristocratie russe passait les vacances d’été lorsque mon arrière-grand-père a fondé la bijouterie, en 1893. Il n’a pas tardé à en prendre conscience et il a commencé à y présenter ses collections. Les dames aimaient ses créations à un tel point qu’elles l’ont invité à Saint-Pétersbourg. C’est ainsi que les bijoux Wellendorff se sont retrouvés à la cour du tsar.

Georg Wellendorff

Georg Wellendorff a l’œil sur les détails, mais il considère l’avenir avec confiance.

Aujourd’hui, quels sont vos principaux marchés ?
Outre l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse, nous visons trois marchés : ceux des autres pays européens, de l’Amérique du Nord et de l’Asie. Nous ne sommes toutefois pas présents dans des pays comme le Brésil, l’Inde ou l’Arabie saoudite, qui sont aussi d’importants marchés joailliers.

Et pourquoi ?
Nous ne pouvons pas faire bien plus que notre production actuelle et nous ne voulons pas augmenter nos effectifs. En ce moment, 120 employés sont à notre service, dont 80 à la production. Je suis en contact avec chacun d’entre eux une ou deux fois par jour. J’apprécie de pouvoir leur parler. Je les connais tous par leur prénom et je sais où ils habitent. Je connais même les conjoints de plusieurs membres du personnel. Il serait difficile de conserver cette ambiance familiale si la compagnie passait à plus de 120 employés.

Vous dirigez l’entreprise conjointement avec votre frère Christoph. Il est en charge de la clientèle, et vous, de la production. Avez-vous déjà envisagé de faire autre chose dans la vie ?
Jamais. Mon frère et moi avons été initiés à l’univers de la joaillerie à un très jeune âge. Nos parents nous emmenaient à l’atelier et dans les salons de bijouterie. Quand les clients venaient à la maison, c’est nous qui faisions le service à table. Nous avons vu à quel point nos parents aimaient cette entreprise. Pourquoi voudrions-nous faire autre chose ?

Vous arrive-t-il d’avoir des différends avec votre frère ?
Nous ne sommes pas surhumains, mais nous avons chacun le dernier mot en ce qui concerne notre propre service. Notre but demeure toutefois le même : la croissance de l’entreprise.

Une soudure sur un des colliers

Un orfèvre effectue une soudure sur un des colliers les plus célèbres de Wellendorff.

Comment comptez-vous y parvenir sans augmenter la main-d’œuvre ou injecter du capital étranger ?
Nous envisageons une croissance à la manière souabe. Nous pensons pouvoir obtenir ce type d’expansion en mondialisant les valeurs de l’entreprise. Par exemple, certains collectionneurs précommandent nos collections Rings of the Year avant même que les bagues soient dessinées. À l’avenir, nous prévoyons offrir davantage de produits comme celui-ci et viser le marché international.

Habituellement, ce sont des pièces uniques de haute joaillerie qui sont vendues ainsi en précommande. Pourquoi ne pas créer ce genre de collection haut de gamme ?
Nous l’avons déjà fait, mais sans l’annoncer publiquement. C’est mon père qui est le gardien de nos pierres précieuses. Chaque fois que nous parvenons à lui en soutirer une, nos spécialistes la transforment en une magnifique pièce de joaillerie.

Qui achète ces pièces uniques ?
Des inconditionnels de la marque et des collectionneurs qui prennent plaisir à acquérir ce genre d’œuvre.

Les origines de la joaillerie remontent à des temps immémoriaux. Est-il encore possible de créer des bijoux totalement nouveaux ?
Bien sûr. Plusieurs de nos employés sont à la fois des artisans et des inventeurs. Un jour, nous avons reçu une livraison de fil d’or qui s’était coincé dans la porte d’un coffre-fort. Tandis que nous l’examinions, le ciel s’est dégagé et, sous les rayons du soleil, le fil endommagé s’est mis à briller comme un diamant. Ce scintillement a frappé l’imagination d’un de nos employés. Deux ans plus tard, il est venu me voir pour me présenter ce qu’il avait créé. En tordant le fil d’une certaine manière, il était parvenu à reproduire la réflexion du soleil. C’est son habileté avec ce matériau et son savoir-faire qui lui ont permis de produire cette innovation ; il n’aurait jamais pu y arriver en travaillant sur l’ordinateur. Ce collier brille comme une rivière de diamants et nous l’avons nommé Sun. C’est notre plus gros vendeur.

Vous venez de lancer une nouvelle amulette, paraît-il…
Oui, l’amulette Golden Treasure. Elle est ornée d’un diamant qui semble flotter, car on n’en voit pas la monture. La pierre est couronnée d’une précieuse topaze, qui donne l’impression d’être tombée dans l’eau et qu’une onde s’est créée tout autour. Depuis toujours, les orfèvres caressent le rêve de faire flotter ainsi un diamant. Nous avons travaillé pendant plusieurs années pour créer une telle monture.

Une bague Wellendorff, faite d’émail à froid

La photo d’une bague Wellendorff, faite d’émail à froid.

L’avez-vous brevetée ?
Non. Il s’agit d’une technique si complexe que personne ne pourrait arriver à un tel niveau de perfection.

Combien coûte ce pendentif ?
En or jaune, il revient à 19 700 € [environ 29 000 $].

C’est une coquette somme.
Il y aura toujours des clients pour apprécier une telle excellence. Chacun des membres de la famille Wellendorff en est convaincu.

Avez-vous déjà songé à lancer une gamme plus abordable ?
Ce n’est pas pour nous. Si on prenait cette direction, on devrait rapidement envisager la sous-traitance, ce que beaucoup de nos concurrents font. Nous voulons que nos bijoux soient confectionnés en Allemagne et que l’entreprise demeure ici.

Nous voulons nous assurer que nos clients puissent profiter de nos bijoux pendant toute leur existence. »

Vous pourriez envisager de ne pas travailler uniquement l’or et de créer, par exemple, une collection en argent.
Avec l’argent, il y aura toujours le problème du ternissement. Voilà pourquoi il n’est pas compatible avec la devise de Wellendorff, qui est de toujours travailler les meilleurs matériaux. Nous voulons nous assurer que nos clients puissent profiter de nos bijoux pendant toute leur existence. Et, si possible, qu’ils ne soient pas les seuls et que les générations à venir puissent aussi en bénéficier.

Et que pensez-vous des sacs et des parfums ? Beaucoup de joailliers diversifient leurs activités et réussissent bien avec les accessoires.
Oui, c’est vrai. Nous sommes une des rares entreprises de l’industrie à vendre uniquement des bijoux. Nous misons sur ce que nous faisons de mieux : des créations exclusives. Nous préférons nous concentrer sur les détails et améliorer chaque pièce jusqu’à la perfection. Ce qui nous intéresse, c’est de voir jusqu’où nous pouvons aller pour les améliorer plutôt que de nous disperser en empruntant plusieurs directions.

Jeunesse éternelle
Lire l’article suivant

Jeunesse éternelle

Les classiques des années 1980 de Mercedes-Benz sont plus en demande que jamais. Alors qu’il était au volant d’un 280 SL de la série R 107, l’acteur Marc Benjamin a découvert les raisons…
×