Quand on partait sur les chemins

Les hautes-terres de l’Ontario sont le paradis des amoureux de la route.

Le cabriolet E 400 zigzague sur la sinueuse route de comté 29. Nous sommes dans les hautes-terres, une région du sud-est de l’Ontario qui, délimitée au nord par la rivière des Outaouais et au sud par le fleuve Saint-Laurent, ressemble à un morceau de casse-tête. Assis dans le siège du passager, Bruno photographie le paysage estival et les vaches qui nous regardent défiler. Nous venons de franchir la rivière des Outaouais à bord du Grant Beattie, un bac à câble propulsé à l’électricité ; une traversée d’un kilomètre entre le Québec et l’Ontario. Nous naviguons maintenant à travers les champs de maïs, les pâturages à chevaux et les centrales solaires

Après avoir enchaîné plusieurs courbes en lacets, nous apercevons un cours d’eau à notre gauche. C’est la rivière Mississippi qui, malgré son nom, n’a rien à voir avec son homonyme au sud de la frontière canadienne. Au croisement de la route de comté 20, une surprenante vision s’offre à nous : un pont de pierre massif, qui semble avoir été construit par les Romains. Dans le petit parc adjacent, une plaque nous apprend que c’est le pont de Pakenham, la seule structure à cinq arches de ce genre en Amérique du Nord. Bâti en 1901 et restauré en 1984, il semble pouvoir tenir jusqu’à la fin des temps.

E 400 Cabriolet

Voilà un exemple édifiant du genre de construction qui a été conçu avec fierté et panache dans ce coin de pays. Nous avons roulé jusque dans les hautes-terres spécialement pour ces tortueux chemins de campagne qui attirent des mordus de conduite de plus loin encore. Déjà, j’ai doublé une lente procession de motocyclistes, puis un groupe de voitures anciennes, que j’ai regardé s’éloigner dans mon rétroviseur.

C’est pour des raisons bien pratiques que, pendant les deux derniers siècles, des routes ont été construites dans cette région : pour transporter ses richesses forestières et minérales, tels graphite, minerai de fer, or et autres pierres précieuses, jusqu’aux cours d’eau et au chemin de fer qui les achemineraient vers d’autres marchés. Avec savoir-faire et en faisant souvent fi de la ligne droite, des travailleurs (parfois venus des Highlands écossaises) ont taillé ces chemins à même le sol rocheux à travers la forêt boréale, contournant les montagnes et parcourant les tourbières. Ces terrassiers – arborant barbe, bretelles et chemises à carreaux sur les photos d’archives – ressemblent à des tenanciers de bar de 2016, mais leurs scies et haches du XIXe siècle évoquent une tout autre histoire.

Des travailleurs ont taillé ces chemins à même le sol rocheux à travers la forêt boréale.

Aujourd’hui, l’exploitation de ces ressources ayant décliné, ce sont les amateurs de sensations fortes qui prennent d’assaut les routes ciselées par ces hommes. Et nous sommes du nombre. Peut-être en vertu d’un accord interprovincial, l’orage qui s’abattait sur le Québec a fait place à un arc-en-ciel me permettant de baisser le toit de notre cabriolet E 400. Nous voilà prêts pour l’aventure !

Perth

Plusieurs des pionniers qui, au XIXe siècle, se sont établis dans les hautes-terres de l’Ontario étaient originaires des Highlands écossaises.

Les hautes-terres ayant pratiquement la superficie de la Belgique, nous avons choisi de nous limiter à la vallée de l’Outaouais pour notre escapade de trois jours. Ce qui nous laisse du temps pour les arrêts impromptus, par exemple au magasin général de Pakenham, tout près du pont. Je gare la voiture devant le commerce datant de 1840 et, quelques minutes plus tard, nous en ressortons avec du café et du pain au fromage frais. Voilà de bons arguments en faveur des chemins de traverse.

Quinze minutes plus tard, nous arrivons à Almonte (aussi appelé Mississippi Mills), où une statue de James Naismith, l’inventeur du basketball, se dresse sous un érable entre des immeubles coloniaux en pierre et en brique. Toute cette région s’est développée à la suite de la décision des Britanniques de creuser le canal Rideau, entre Kingston et Ottawa, après la guerre de 1812, afin de créer une voie d’approvisionnement et de protéger le territoire en cas d’invasion américaine par le fleuve Saint-Laurent. Une telle attaque n’a jamais eu lieu, mais que serait-il arrivé si les Américains avaient réellement envahi le Haut-Canada ? Ou si les grands-parents écossais de James Naismith ne s’étaient pas installés dans cette région jugée plus sécuritaire ? L’inventeur du basketball n’aurait jamais vu le jour et l’Amérique ne se serait pas évertué à lancer un ballon dans un panier et… mais à quoi bon faire toutes ces suppositions ?

Toute cette région s’est développée à la suite de la décision des Britanniques de creuser le canal Rideau.

Nous remontons à bord du cabriolet pour nous attaquer aux 50 km qui nous séparent de notre destination du jour : Perth. Bientôt, nous roulons sur la King’s Highway, longeant le lac Mississippi et une plaine argileuse qui était, il y a 12 000 ans, la mer de Champlain. En comparaison des paysages montagneux au nord du comté de Lanark, une réminiscence de notre 6e année et de l’étude du Bouclier canadien, cette région au relief plat est beaucoup plus paisible. À l’origine, elle a fait sa richesse grâce à l’abondance de bois durs et en voyant les demeures en pierre et les édifices victoriens de Perth, je devine où tout cet argent a été investi. Nous faisons une halte au verdoyant parc Stewart, sur le bord de la rivière Tay, pour une balade à travers les saules. Mais, bien vite, de grosses gouttes de pluie s’abattent sur la statue du cavalier Ian Millar et de sa monture Big Ben, deux autres héros sportifs. Il est temps de prendre la direction de l’hôtel-boutique Perth Manor, où j’ai réservé la suite Robert Lyon, nommée en souvenir d’un jeune homme de 21 ans qui, en 1833, a perdu la vie en voulant défendre l’honneur d’une dame lors du dernier duel au pistolet en sol canadien.

Fish and chips

Un fish and chips servi dans la salle à manger patrimoniale du Baldachin Inn, à Merrickville.

Selon l’auteure Arlene Stafford-Wilson, Gore Street, au centre-ville de Perth, était, dans les années 1970, l’endroit par excellence pour parader dans sa voiture un samedi soir. Aussi, le lendemain matin, je baisse le toit du cabriolet (il disparaît en quelques secondes d’une simple pression sur le tableau de bord) et j’emprunte cette rue principale, plutôt tranquille en ce jour de semaine.

Nous quittons Perth, dont la devise est « Hâtez-vous lentement mais sûrement », et passons à la vitesse supérieure sur un circuit nommé Rideau Ridge, qui serpente le long des lacs et des petites villes qui doivent leur existence au canal Rideau. Nous nous arrêtons à Westport pour acheter le journal au Murphy’s Barber and Sport Shop, où s’approvisionnent les pêcheurs de passage. Derrière le comptoir, Donna Bresee nous dit que son commerce n’est rien de moins qu’« une légende ». À voir ce bric-à-brac d’appâts et de billets de loterie, au milieu duquel trône un vieux fauteuil de barbier, qui pourrait en douter ?

La cantine Wes’ Chips

La cantine Wes’ Chips à Arnprior est un arrêt obligatoire pour les automobilistes.

Près de Newboro, nous évitons habilement un chevreuil qui s’élançait devant la voiture, puis nous faisons un arrêt au cimetière St. Mary’s, où une plaque rend hommage aux Royal Sappers and Miners de l’armée britannique, qui ont contribué à la construction du canal Rideau. Parmi eux, nombreux ont payé de leur vie en succombant à la malaria. Nous déambulons à travers les pierres tombales d’hommes parfois morts très jeunes réalisant qu’il n’y a pas si longtemps, la vie était beaucoup plus difficile dans cette région pourtant paisible et fertile.

Une fois à Merrickville, nous faisons un saut à Village Metalsmiths, la plus ancienne fonderie du pays. C’est là que le gouvernement du Canada fait couler ses plaques commémoratives en aluminium. Je me laisse tenter par une patère antique, qui est sans doute aussi vieille que le canal lui-même, mais pas encore désuète !

Smith Falls

Le canal Rideau traverse la ville de Smith Falls.

À Smiths Falls, nous remontons le toit du cabriolet pour aller faire un tour à pied. Avec son spectaculaire château d’eau, ses chutes d’une hauteur combinée de 12  m et son centre touristique logé dans un moulin du XIXe siècle, cette ville m’apparaît comme le cœur du canal Rideau. Mais cette localité n’est pas pour autant figée dans le temps, comme en témoigne cette jolie jeune femme dont les tatouages et les piercings semblent faire un pied de nez au passé.

Le lendemain matin, nous filons à travers une forêt mixte sur la sinueuse route 508, en direction de Arnprior, où nous nous arrêtons pour casser la croûte chez Wes’ Chips. Le copropriétaire de cette fameuse cantine est André Post, un Hollandais qui parcourt le comté à bord d’une 300 SD 1982 de Mercedes-Benz modifiée pour rouler à l’huile de friture. Tout près de là, nous achetons une douzaine d’œufs frais à un vieux fermier qui joue aussi du tambour dans le corps de cornemuse local (« Ça nous empêche de faire de mauvais coups », plaisante son ami). Nous conduisons ensuite pendant une heure sur la Transcanadienne en direction nord-ouest jusqu’à Pembroke, aux confins des hautes-terres. Samuel de Champlain aurait perdu son astrolabe dans les environs, un instrument qui lui aurait permis de calculer sa latitude pendant son exploration de la rivière des Outaouais (heureusement, il pouvait aussi compter sur des guides autochtones). Eh bien, 400 ans plus tard, l’écran de notre système de navigation indique la réponse : environ 45° N.

Le cabriolet E 400

Le cabriolet E 400 de Mercedes-Benz négocie adroitement les courbes qui ponctuent les routes des hautes-terres de l’Ontario.

Sur la route qui longe les méandres de la rivière des Outaouais, le paysage a quelque chose de québécois. Nous avons la confirmation que nous sommes bel et bien sur le chemin du retour lorsque nous nous assoyons à la Nook Crêperie, où la moitié des clients parlent français et mangent des crêpes à la provençale.

Nous regagnons finalement le Québec en traversant de nouveau la rivière des Outaouais, puis roulons pendant une heure sur la route 148, bordée d’arbres et de rochers, jusqu’à la petite ville de Bristol, aussi britannique que la Reine elle-même. Décidément, nous vivons dans un pays de contradictions ! À la Cidrerie Coronation Hall, l’odeur de cannelle qui flotte dans l’air m’attire jusqu’à une petite boutique rustique. « J’ai passé la journée à les cuisiner ! », m’annonce Judy Stephens en me désignant une fournée de tartes aux pommes encore chaudes. « J’en prends une ! »

C’est sur cette note sucrée que se termine cette douce ballade qui nous a mené jusque dans les hautes-terres de l’Ontario.


Le cabriolet E 400

Double personnalité

C’est cet élégant cabriolet E 400, au capot légèrement biseauté, qui nous a emmenés dans un coin de pays où, il n’y a pas si longtemps, le canot, le bateau à vapeur, la carriole et le train étaient les principaux modes de transport. Presque discret dans son Gris ténorite métallisé, lorsque nous traversions les villes à l’architecture victorienne comme Perth, il s’est avéré absolument stupéfiant alors que nous roulions le toit baissé sur les routes des hautes-terres. Silencieux à chaque arrêt, grâce au système de démarrage/d’arrêt ECO, son moteur biturbo V6 de 329 ch laisse échapper un joyeux vrombissement dès qu’on lui donne un peu d’« encouragement », par exemple sur les trajets jouissifs comme celui contournant le lac Centennial. Sa transmission 7G-TRONIC PLUS et sa palette de commande permettent aux amateurs de puissance de tirer profit de ses roues dotées de jantes AMG en alliage de 45 cm et de sa propulsion arrière. Les sièges en cuir chauffants, les commandes individuelles pour la climatisation et l’agréable système de chauffage de nuque AIRSCARF étaient tout indiqués pour les fraîches matinées pendant lesquelles nous roulions le toit baissé. Nous avons eu la parfaite trame sonore pour notre escapade sur les routes des villes et de la campagne, grâce au système audio ambiophonique harman/kardon LOGIC7.

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