Écolo chic

Abritant 5 % de la biodiversité mondiale et hôte d’une des semaines de la mode les plus vertes de la planète, le Costa Rica propose sa propre vision du luxe éthique.

Il suffit de penser au Costa Rica pour avoir à l’esprit ses jungles tropicales, ses idylliques plages de surf ou, si on est accro à la caféine, ses grains de café exceptionnels. Mais, plus récemment, ce pays d’à peine 4,9 millions d’habitants s’est fait remarquer pour ses pratiques durables. Alimenté à 98 % par des énergies renouvelables, il vise la carboneutralité d’ici trois ans – un objectif ambitieux que la plupart des pays sont loin d’atteindre et qui prouve que les grandes idées surgissent parfois là où on ne s’y attend pas. J’ai voulu aller à la rencontre des Costaricains – des guides touristiques aux designers de mode – pour leur demander comment chacun collaborait pour relever ce défi environnemental.

L’hôtel Villa Manzu

L’hôtel Villa Manzu sur la très sélecte péninsule de Papagayo, dans la province de Guanacaste. (Photo : Villa Manzu)

Après avoir fait le trajet de San José jusqu’aux verdoyantes basses terres du Nord, j’arrive à l’hôtel Tabacón, où des sources thermales me permettent de récupérer de ce long voyage. Aménagé de façon à en minimiser l’impact sur l’environnement, ce réseau de cascades et de ruisseaux est chauffé naturellement par l’activité géothermique du volcan Arenal. Cela signifie que la température de l’eau fluctue entre 25 °C et 40 °C, peu importe la saison, sans alimentation électrique. Tandis que je m’y prélasse, la seule chose qui trouble ma quiétude est un lézard émeraude parcourant la surface. Les sources étant situées au cœur de la forêt tropicale, ce genre de rencontre est tout à fait prévisible.

Une expédition en kayak de mer

Une expédition en kayak de mer dans la province de Guanacaste. (Photo : William Hereford)

Chaque année, plus de 1,7 million de touristes (dont quelque 200 000 Canadiens) visitent le Costa Rica. Ses habitants multiplient les efforts pour en préserver les précieuses ressources naturelles, notamment grâce à une certification de tourisme écoresponsable (qui attribue « cinq feuilles » aux hôtels comme le Tabacón). Une manière simple pour les voyageurs de s’assurer que leur séjour aura un faible impact sur l’environnement. Ce genre d’initiative a permis au Costa Rica de devenir une des destinations favorites des touristes écolos, qui optent pour des établissements comme la Villa Manzu. Répondant aux exigences de la certification (dont promouvoir les traditions et les artisans locaux), ce complexe hôtelier conçu par l’architecte Abraham Valenzuela est sans conteste l’un des plus luxueux du pays avec ses portes en cuivre (fabriquées sur mesure par le frère de l’architecte), ses meubles et ses sculptures réalisées dans des ateliers costaricains.

Oscar Ruiz-Schmidt

Oscar Ruiz-Schmidt, le designer de la marque costaricaine Obra Gris. (Photo : Obra Gris)

Une tendance durable

C’est une série de mesures progressives adoptées depuis la fin des années 1940 (notamment abolir l’armée pour redistribuer son financement en éducation et en santé) qui ont façonné ce pays à l’engagement social hors du commun. Une industrie aussi polluante que celle du vêtement n’y fait d’ailleurs pas exception. Le Costa Rica est en effet devenu une plaque tournante de la mode durable. À preuve, la Mercedes-Benz Fashion Week de San José est un événement « zéro plastique » qui présente des marques éthiques approuvées par le magazine Vogue, comme Cruda et Nomadic Collector, dont les accessoires sont faits en cuir responsable et en bois issu de forêts reboisées.

Le designer Oscar Ruiz-Schmidt, rentré au bercail après avoir étudié la mode à Berlin et travaillé pour Zac Posen à New York, y présente les collections de sa griffe Obra Gris. Avec ses lunettes à grosses montures noires, sa barbe et son allure androgyne, il pourrait être chez lui aussi bien à Brooklyn que dans le Mile End, à Montréal. Il a plutôt choisi d’établir son atelier dans une paisible rue résidentielle de San José. À l’extérieur, il y a un jardin avec des mandariniers, des citronniers, des caféiers et des héliconies colorées, sans oublier Pantera, son teckel roux et noir qui monte la garde. Le designer m’explique à quel point l’environnement influence son travail, puis ajoute : « Toute cette verdure est très apaisante. J’aimerais que mes créations aient le même effet sur ceux qui les portent. »

Les gens ont une opinion très tranchée dès qu’il est question de la nature. » Oscar Ruiz-Schmidt, designer de Obra Gris

Ses vêtements amples et drapés sont confectionnés par une vingtaine de personnes, majoritairement des femmes, dans de petits ateliers dispersés à travers la capitale. Qu’il s’agisse d’un pantalon, d’une tunique ou d’un kimono, ils sont conçus pour être portés de multiples façons. Taillés dans des fibres naturelles en évitant le gaspillage, ils se déclinent principalement dans des teintes neutres et se portent en toute saison. Oscar Ruiz-Schmidt affirme que sa philosophie est de responsabiliser ses concitoyens, tout comme les consommateurs. « En tant que designer, je dois me porter garant de ma production. On devrait tous être conscients des choix qu’on fait en achetant un produit, savoir où et comment il a été fabriqué. Ici, les gens ont une opinion très tranchée dès qu’il est question de la nature : comment on doit la respecter, l’exploiter et ce qu’on doit lui donner en retour. »

Les singes-araignées

Les singes-araignées comptent parmi les quatre espèces de primates qu’on retrouve au Costa Rica. (Photo : William Hereford)

Une jungle la nuit

Pour savoir à quel point les Costaricains respectent la nature, quoi de mieux que de rencontrer des gens qui subsistent principalement grâce à la jungle ? Durant ma dernière soirée là-bas, je prévois faire une balade nocturne dans la forêt tropicale en compagnie d’une famille de la région. Le temps d’arriver à leur propriété de La Fortuna, située à 15 minutes de l’hôtel Tabacón, les cigales et les grenouilles ont déjà entamé leur symphonie.

Je suis accueillie au Ecogarden Arenal par les propriétaires, José Adan Diaz Chavarria et Patricia Alfaro Zuñiga, ainsi que leurs deux enfants. On y trouve un mélange de forêts primaire (ou ancienne) et secondaire (plantée en grande partie par mes hôtes) qui abrite des paresseux, des savacous huppés et des grenouilles fraises venimeuses. Cette biodiversité est le résultat tangible des politiques environnementales costaricaines, qui favorisent la conservation des milieux vierges et l’observation de la faune dans son habitat naturel, tout en encourageant les petites entreprises.

Ici, la nature est imprévisible ; elle vit à son propre rythme.

Flanqué de ses deux enfants, José Adan m’entraîne dans la jungle avec un enthousiasme qui devient rapidement contagieux. Je n’ai encore repéré aucune bête, mais il faut dire que je n’ai pas son œil de lynx. Il s’arrête soudainement, se penche pour retourner une grande feuille sous laquelle se cachent une grenouille de verre et ses œufs. Je fais un pas en arrière, demandant si elle est venimeuse. Mon guide sourit et répond : « Nous sommes plus dangereux qu’elle. »

Nous continuons à marcher le long d’une rivière où José Adan se met à agiter l’eau pour imiter un oiseau blessé. Anna Claudia, sa fille de sept ans, braque sa lampe de poche sur la surface où j’aperçois tout à coup une paire d’yeux. Mon accompagnateur attire l’attention du caïman qui fait deux mètres de long. Malgré la distance qui nous sépare, j’en ai des frissons dans le dos (et une bonne histoire à raconter à mon retour).

Le lendemain, je me lève à l’aube pour une séance de yoga dans le studio en plein air du Tabacón. J’entends soudain un croassement provenant de la forêt. Je scrute les arbres alentour avant d’apercevoir une créature aux couleurs éclatantes : mon tout premier toucan ! Il tourne la tête et, pendant un moment, me regarde droit dans les yeux, puis s’envole avant même que j’aie eu le temps de saisir mon téléphone. Plutôt que d’être déçue, je suis reconnaissante de ce moment unique. Ici, la nature est imprévisible ; elle vit à son propre rythme, comme il se doit.

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